Le blog d’Isi : les idées dictées du cerveau d’une brunette aux pensées blondes.
24 Novembre 2010
« Je vous ai préparé un baluchonVous souvenez-vous de cette chronique où je vous disais ceci : si j’avais le choix d’être réincarné en l’un ou l’autre animal, je choisirai l’écureuil. Eh bien, le moment est quasi venu. Non pas que je vais bientôt passer de vie à trépas, mais il se trouve pas que, blanchi sous le harnais, je quitte ce journal ; et partir c’est mourir un peu, même si, de loin, plume en main et mon chien sous le bras, je poursuivrai ici mes chroniques comme pigiste jusqu’à… euh… mettons jusqu’à Pâques. Eh oui, c’est l’heure du départ, des déchirants adieux ! L’écureuil que je suis passe de devenir s’apprête à sautiller de branche en branche vers de nouveaux horizons. C’est l’heure de faire mon baluchon.Oh ! mais j’y songe, prend-on congé de la sorte ?! Ne doit-on pas remercier ceux qui vous ont accueilli tant d’années, réservé leur attention, accordé chaque semaine quelques minutes de lectures ? Que vous offrir, chère lectrice, cher lecteur, en amical signe de départ ? Champagne, apéros, canapés, petits fours ? Problème : ces choses-là ne s’offrent guère à distance. Les mots, si.Or, savez-vous que j’ai accumulé un gros sac de noisettes depuis deux ans et demi et que je tiens ces chroniques Minute papillon. Qu’en faire ? L’hiver arrive. Qu’allez-vous lire au coin du feu, alors qu’au dehors le vent les volets ? Ne pourrai-je donc, dans un havresac que je préparerais spécialement pour vous, glisser les meilleures d’entre mes petites chroniques en guise de souvenirs, comme des amandes que vous pourrez tirer de leur emballage et déguster à loisir ?Soyons juste : l’idée n’est pas de moi. Elle me vient d’une lectrice et de ses amies, qui m’écrivent fort gentiment : « Si toutes les Minutes papillons étaient rassemblées en un livre, nous lui ferions une place dans nos bibliothèques. » Vous croyez que je peux résister à ça ?! Quand on me jette pareilles fleurs, j’en lance une pleine gerbe en retour dussé-je pour cela composer tout un livre. J’y ai passé l’été. Car pas question de mettre n’importe quoi dans la besace que je vous destine. Surtout ne pas décevoir cette lectrice et ses amies qui vont jusqu’à me dire que « ces chroniques sont un vol de papillons aux couleurs chatoyantes, et cela nous fait du bien ». A si flatteuse demande, peut-on répondre par un disparate paquet de noix éparses ? Ah non ! Il faut que ce soit un cornet surprise, un vrai gâteau judicieusement confectionné pour l’occasion (si vous n’aimez pas les noix, imaginez plutôt des fraises ou de la crème citron).Bref, ce baluchon, j’ai voulu qu’il soit bien rond, préparé avec soin, que chaque chose y prenne sa juste place pour former un tout cohérent. Je voudrais que chacun y trouve de quoi se nourrir pour la route qui est sienne. Supposons que, comme Robinson Crusoé auquel j’ai récemment consacré une chronique, vous fassiez naufrage sur une île déserte. Ne faudrait-il pas qu’à la façon d’un manuel de survie, ce baluchon contienne tout le nécessaire pour assurer votre sauvetage ? Mieux, il serait bon qu’il recèle un peu de quoi réenchanter le lieu de votre séjour terrestre.Parmi toutes les noisettes que j’ai récoltées, je crois avoir repéré celles qui roulent dans ce sens-là. Pas question de décevoir cette lectrice et ses amies qui sont très claires sur ce point : « Ce livre serait là au cas où nous aurions oublié la richesse de la vie, qui dépend du regard posé. »Voilé une belle affaire à tenter. L’écureuil que je suis ne sait si, en guise de gâteau de départ, les amandes et les noix qu’il a recueillies sous forme de livre ont vraiment ce magique pouvoir-là. Quoi qu’il en soit, il s’est beaucoup amusé et il s’en voudrait de ne pas laisser cette lectrice et ses amies en juger par elles-mêmes. Le baluchon, avec le gâteau dedans, est à disposition. »
« Ça roule et ça croule pour MaxJ’attendais mon ami Mac au bistro du coin tout en repensant à l’émission Devine qui vient dîner entendue la veille au soir sur La Première. Frank Fredenrich, rédenchef de la revue Scènes Magazine et professeur tout juste retraité, y disait son étrange impression, au fil des années, d’avoir toujours eu devant lui des élèves appartenant à la même tranche d’âge : « J’avais le sentiment d’être le seul à vieillir, tandis qu’eux ne vieillissaient jamais : ils avaient toujours entre 14 et 19 ans ! » Autre professeur invité à l’émission, son compère, le Genevois Jean-Michel Olivier, 58 ans, se montrait, lui, aussi jeune que jamais. C’est qu’il vient de publier un nouveau roman, L’amour nègre, couronné à Paris par le prix Interallié. Il y met en scène les tribulations, d’un jeune Africain adopté comme un gadget par un couple d’acteurs hollywoodiens sur fond d’indémodables références musicales chères au cœur des ex-fans des sixties.L’arrivée de mon ami Max a interrompu le cours de mes pensées :- T’as vu, dans Le Point, Marc Fumali, de l’Académie française, est dithyrambique à propose de Jean-Michel Olivier. Il a raison : L’amour nègre revigore l’âme, quelle fougue, quelle fraîcheur dans cette satire du monde « mythique » des people, jeunes momies et vieilles peaux du genre Angelina, George, Brad, Julia… Ah, à propos de mythe, je viens d’attaquer l’autobiographie de Keith Richards, sa vie comme guitariste des Rolling Stones. Ça, quel coup de jeune ça me donne ! J’ai aussi lu ta chronique dans Migros Magazine où tu parles des inédits des Stones enregistrés en 1964. Je viens d’écouter ce CD pirate. Ah ! Bon Dieu ! Toute ma jeunesse ! Un vrai retour vers le futur ! Le pavé de Keith Richards aussi, c’est géant ! Un régal ! Bon pied, bon œil, le mec. Tu sais quoi ? Je crois que des types comme nous, on n’a jamais vieilli. Hein, t’es bien d’accord, à l’intérieur de nos cœurs, on a toujours 20 ans. On est indémodables. Héraclite a raison : le temps passe et il ne passe pas. Même le petit noir adopté du roman de Jean-Michel Olivier est fou de Dock of The Bay d’Otis Redding. Indémodables, j’te dis ! Bon, je te laisse, j’ai un rendez-vous à Genolier. On se revoit demain, OK ? »Le lendemain, Max a débarqué très agité.- Tu sais pas ce qui m’arrive ! Hier, après t’avoir quitté, je suis allé à la clinique de Genolier. Depuis cinq mois, je souffre d’une douleur bizarre sur le dessus du pied droit. Me fallait un spécialiste des pénards. En bien, après examen, tu sais ce qu’il m’a annoncé ?! Paraît qu’avec l’âge, le corps pèse de plus en plus sur la voûte plantaire, qui se fragilise, la surcharge compresse les nerfs… Il m’a fallu une ordonnance pour des semelles « avec appui rétrocapital » à glisser dans mes pompes ! Pour les deux pieds par soucis d’équité. J’ai dit : « Mais c’est pas possible, docteur ! Moi, j’ai toujours 20 ans ! Je viens de le réaffirmer à mon pote Duval avec lequel je parlais des Stones pas plus tard qu’hier à l’apéro. Vous devez vous tromper. Les pieds fragiles à mon âge ? Impossible ! Je suis en train de lire le livre de Keith Richards. Des types comme lui et moi, ça ne vieillit jamais, c’est inoxydable. Ou alors, dite tout de suite que Keith et moi, on a un pied dans la tombe… »Max a vidé son verre d’un trait puis, rasséréné par ses propres propos, il a repris :- Ben oui, t’as qu’a voit Keith. Par où il est passé. Des années et des années de défonce ! Et aujourd’hui, toujours en rut, frais comme un gardon, la guitare aussi frétillante qu’un gros bourdon. Ah ! ah ! pierre qui roule n’amasse pas mousse. Des supports dans mes souliers, non mais ! C’est incroyable comme les médecins en ont après moi, ces derniers temps : du Lipanthyl pour mon cholestérol, du Condrosulf pour mon arthrose à l’épaule, du Xatral pour ma prostate… Au fond, dans le genre de la défonce, je suis en train de rattraper Keith. Yep ! Ça roule et ça croule. Dis, tu crois que c’est ça qu’on appelle des vies rock’n’roll ? » »